ONUSIDA : Plus de préservatifs, un peu moins d’infections dans le monde

jeudi 1er juin 2006.par Gilles Pradeau
 
Plus de 25 millions de personnes dans le monde sont déjà mortes de maladies liées au SIDA, près de 40 millions d’autres vivent actuellement avec le virus. 5 millions nouveaux cas en 2005, 3,1 millions de morts, dont 570 000 enfants. Bonne nouvelle cependant, la proportion de nouveaux cas est cependant en diminution.

Dès l’introduction du rapport de l’ONUSIDA, il est fait remarquer qu’"il est réellement paradoxal que, même si elle provoque 11 000 nouvelles infections et presque 8000 décès chaque jour, l’épidémie reste dans une large mesure occultée."

L’ONUSIDA est chargée de coordonner les efforts et les ressources de 10 organismes des Nations Unies (comme l’UNESCO, l’OMS ou l’UNICEF) dans le cadre de la lutte contre le SIDA.

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Ce rapport fait le point sur la situation et note que la progression de la maladie est aujourd’hui stabilisée, même le nombre de malade ne décroit pas pour autant comme on peut le voir sur le tableau récapitulatif suivant extrait du rapport.

Cette stabilisation au niveau mondial ne doit pas pour autant aplanir les variations d’un pays à l’autre : certains pays continuent de voir leur population de plus en plus contaminée comme la Chine, l’Indonésie, le Vietnam ou encore l’Afrique subsaharienne. Sur les 4 millions nouvelles infections, 2,7 ont eu lieu en Afrique Subsaharienne l’année dernière.

L’Afrique du Sud a par exemple 5,5 millions de personnes vivant avec le virus (soit 19% de la population), mais le pays qui comporte le plus de séropositifs est désormais l’Inde (5,7 millions soit un peu moins d’1% de la population totale).

Pour l’accès aux traitements, on progresse : aujourd’hui 1,3 million de séropositifs bénéficient d’antirétroviraux : depuis 6 mois, ce sont plus de 500 000 personnes supplémentaires qui sont traitées. L’objectif des trois millions (fixé pour 2005) n’est cependant pas atteint. Des changements de comportement sexuels ont aussi opéré : recours au préservatif en hausse, partenaires moins nombreux, début différé de l’activité sexuelle.

Les points positifs

- Six pays africains fortement touchés par le VIH sur 11 ont annoncé une baisse de 25% ou davantage dans la prévalence du VIH parmi les jeunes de 15 à 24 ans dans les populations urbaines.
- Plusieurs pays ont atteint une couverture de près de 60% des femmes enceintes séropositives au VIH bénéficiant d’une prophylaxie antirétrovirale pour prévenir la transmission mère-enfant.
- Le sang utilisé pour les transfusions est maintenant systématiquement contrôlé pour le VIH dans la plupart des pays.

Les points négatifs

- La Déclaration d’engagement sur le VIH/SIDA visait à ce que 90% des jeunes soient bien informés sur le SIDA d’ici à 2005, mais les enquêtes montrent que moins de 50% des jeunes ont atteint des niveaux de connaissance suffisants.
- Seuls 9% des hommes qui ont des rapports homosexuels ont bénéficié de services de prévention du VIH, quels qu’ils soient, en 2005.
- Moins de 20% des consommateurs de drogues injectables ont bénéficié de services de prévention du VIH.

Le rapport note aussi que les besoins en préservatifs sont seulement couverts à 50%. Les programmes de prévention touchent moins de la moitié des jeunes, alors que l’objectif des 90% était visé pour 2005.

En réponse à la question de savoir s’il résisterait à la « vaste coalition d’Etats, y compris les Etats-Unis, qui souhaitent retirer, comme en 2001 toute référence aux homosexuels, aux prostituées et aux consommateurs de drogue », le Secrétaire général a indiqué qu’il fallait « être réaliste » en notant par ailleurs le changement d’attitude de certains pays d’Afrique qui refusaient encore en 2001 de parler de préservatifs.

On doit aussi remarquer la féminisation de la pandémie : le taux d’infection chez les femmes s’accroît partout dans le monde, et notamment parmi les jeunes femmes. « Au niveau mondial, il y a plus de deux fois plus de jeunes femmes infectées que de jeunes hommes », a notamment insisté Kofi Annan.

Les enfants

Chaque minute un enfant meurt du sida et chaque minute un autre enfant est contaminé par le VIH. Plus de 90% des enfants séropositifs au VIH vivent en Afrique subsaharienne. « L’absence de traitement équivaut à une condamnation à mort pour des millions d’enfants », a affirmé Dean Hirsch, président du Mouvement mondial en faveur des enfants et de World Vision International. « Sans traitement, la plupart des enfants séropositifs au VIH mourront avant leur 5e anniversaire. Ces enfants ne disposent pas de traitement parce qu’ils sont absents de l’ordre du jour sur le sida de la communauté internationale », a-t-il ajouté.

« Le plus cruel aspect de la transmission de la maladie est la transmission de la mère à l’enfant  », a-t-il souligné Kofi Annan, rappelant qu’un enfant sur 9 seulement bénéficiait du traitement qui lui permettrait d’échapper à l’infection.

« Nous sommes en train de créer une armée d’enfants atteints du SIDA. Il ne s’agit pas seulement d’un problème de santé mais de développement et de sécurité », a-t-il prévenu.

Le directeur exécutif d’ONUSIDA, Peter Piot, avait déclaré la veille à ce sujet sa surprise et sa déception : "C’est là un sujet qui n’est pas controversé : il s’agit de sauver des bébés."

L’envoyé spécial des Nations Unies pour le VIH/sida en Afrique, Stephen Lewis, en avait déjà parlé lors de la dernière journée mondiale du SIDA.

« L’immense majorité des enfants séropositifs ont été infectés par le virus au cours de l’accouchement. Ils meurent en général avant deux ans, et chaque année meurent ainsi plus d’un demi million d’enfants. [...] Dans la plupart des cas, les enfants en Afrique sont traités à l’aide d’une dose unique de nevirapine [...] dans les 48h après la naissance. Etonnamment, le risque de transmission est réduit de 50% ! », avait-t-il expliqué. C’est bien sûr merveilleux mais « dans le monde occidental, on utilise une triple dose d’antirétroviraux pendant environ 28 semaines avant l’accouchement. Le résultat ? Le taux de transmission descend à 1 ou 2% », avait-il déclaré.

Les recommandations

« Aujourd’hui, il y a des résultats dans presque toutes les régions du monde. On a le sentiment que l’on est en train d’atteindre une masse critique. Désormais, on doit passer d’une gestion hasardeuse de crise à une riposte stratégique. Notre grand souci doit être le long terme. Par exemple, qui va payer les traitements au long cours, en particulier les médicaments de seconde ligne qui sont encore très chers ? », s’est interrogé Peter Piot dans un entretien au journal Libération.

Cette "riposte stratégique" repose sur des axes déjà connus :

- le soutien aux engagements
- l’augmentation des financements
- la volonté de combattre les discriminations liées au SIDA, notamment en incluant dans les politiques les femmes (et leur absence de pouvoir), la lutte contre l’homophobie, l’évolution des mentalités à l’égard des prostitué(e)s et des consommateurs de drogues injectables.
- l’accès universel à la prévention (1 personne sur 8 peut faire un test de dépistage) et aux traitements (qui restent trop chers)
- lutter contre la pénurie de travailleurs de santé (ce qui pose des problèmes de surveillance, de planification et d’administration)
- l’investissement dans la recherche et le déve­loppement de médicaments, microbi­cides et vaccins
- atténuer l’impact du SIDA sur le développement : alors que 12 millions d’orphelins dûs au SIDA se trouvent en Afrique subsaharienne (sur 15 millions au niveau mondial), même la Banque Mondiale souligne les effets secondaires sur la croissance économique.

Du côté français

Un contre-rapport écrit par des membres d’ACT-UP Paris, AIDES et Solidarité Sida montre cependant que « les efforts de prévention et de réduction des risques se confrontent à des visions et à des dispositions légales, largement inspirées par des logiques de répression, qui limitent leur efficacité au risque de voir l’épidémie regagner du terrain. » Notamment, il est noté que dans les domaines de la prévention, les droits de l’homme ou encore la protection des personnes vulnérables on observe une régression comme par exemple pour la prostitution, la drogue, la prison, les migrants et les transexuels. Le rapport fait donc le point sur un certain nombre de domaines (comme sur le manque d’accessibilité des préservatifs féminins trop chers) et emet des recommandations.

Vendredi, Douste-Blazy, le ministre aux Affaires Etrangères co-présidera avec des ministres brésilien, norvégien et chilien en liaison avec Peter Piot un déjeuner de travail portant sur la Facilité Internationale d’Achat de Médicaments (FIAM). L’objectif de la FIAM, issu du principe de la taxe sur les billets d’avion, est de faire baisser le coût des médicaments contre les VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme et d’améliorer l’offre de ces médicaments.

Pour en savoir plus

Le rapport de l’ONUSIDA

Le contre-rapport sur les politiques françaises par ACT-UP Paris - AIDES - Solidarité Sida

Le numéro d’Afrique Renouveau (février 2006) consacré à la lutte contre le SIDA

Une vidéo de Médecins sans Frontières sur les enfants en Afrique subsaharienne

Un dossier photo par l’agence Magnum

La campagne UNITAID

Le communiqué d’Act-Up

Sur Citron-Vert :

Le sommet ONUSIDA 2006 est achevé

La Facilité Internationale d’Achat de Médicaments soulève déjà des critiques

SIDA : les chiffres 2006

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