Santé et pollution : des liens encore établis

mercredi 10 mai 2006.par Gilles Pradeau
 
Deux rapports, deux constats similaires et inquiétants : Greenpeace fait établir dans son rapport des effets de certaines substances sur les troubles de la reproduction tandis que l’OMS attire l’attention sur la pollution dûe à des consommations d’énergie rejetant des gaz toxiques.

Greenpeace a publié la semaine dernière un rapport intitulé "Attention fragile : reproduction et exposition chimique" (seulement disponible en anglais) qui relate des problèmes de la pollution et ses effets sur la reproduction avec notamment la diminution de la qualité du sperme, l’augmentation des cas de stérilité, etc.

Comme toujours, il s’agit de faire enfin le lien entre la qualité de l’environnement les nombreux troubles entrainés par les différents types de pollution chimique : certaines rentrent évidemment dans le cadre de REACH (mais pas toutes, comme les phytosanitaires ou encore les cosmétiques). Alkylphénols, phtalates, retardateurs de flamme bromés, bisphénol-A, muscs artificiels... Ces substances chimiques, qui figurent dans le rapport, ne constituent pourtant qu’une petite partie du problème. Dans leur grande majorité, les molécules présentes dans les biens de consommation courante n’ont jamais été testées et leurs impacts sur la santé humaine et l’environnement n’ont jamais été évalués.

Comme toujours, Greenpeace nous ramène sur la terre ferme et pointe des problèmes invisibles liés à la pollution qui ont pourtant des effets bien visibles sur notre santé, ici notre capacité à faire des enfants. Cela devient alarmant : par exemple, en cinquante ans, les analyses de sperme montrent que le nombre de spermatozoïdes actifs est réduit de moitié. Mais le rapport pointe d’autres faits :

  1. le nombre de cancers des testicules a augmenté dramatiquement
  2. l’infertilité peut affecter jusqu’à près de 20% des couples dans les pays industrialisés (moins de 10% dans les années 60)
  3. le nombre de naissances de garçons devient inférieur à celui des filles dans certaines aires (le sexe-ratio "normal" est de O.55 en faveur des garçons)

Pourtant les causes exactes de l’augmentation de ces problèmes de reproduction restent pour l’instant inconnues.

"De nombreux individus et couples voient leur vie affectée par des problèmes de reproduction, rappelle Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France. L’UE ne peut fermer les yeux face à un problème grandissant et pour lequel une solution existe ! Quels arguments pourraient justifier qu’on laisse les industriels incorporer dans leurs produits des toxiques susceptibles d’entraver le développement in utero d’un bébé ?"

Quant à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), elle fait remarquer les effets désastreux sur le plan sanitaire de certains consommations domestiques d’énergie, notamment le fait de cuire avec des bûches, au charbon, ce qui constitue le pain quotidien de plus de la moitié de l’humanité.

Ainsi l’OMS (que l’on sait moins alarmante sur d’autres sujets) nous rappelle que chaque année "la pollution tueuse des cuisines est responsable de la mort de 1.5 million de personnes" (soit un décès toutes les 20 secondes), autant dire autant de morts qui doivent passer inaperçus, d’autant plus que cela touche davantage les femmes et les enfants. Pollution invisible, mais des morts bien réels évidemment (dont près des deux tiers en Afrique et en Asie du Sud-Est).

"Rendre des combustibles plus propres et des fourneaux améliorés accessibles à des millions de pauvres des pays en développement permettra de réduire la mortalité des enfants et d’améliorer la santé des femmes," a déclaré le Dr LEE Jong-wook, Directeur général de l’OMS. "Outre leurs bienfaits pour la santé, les programmes d’énergie domestique peuvent contribuer à sortir les familles de la pauvreté et à accélérer les progrès en matière de développement."

Le programme de l’OMS vise à développer l’usage du gaz de pétrole liquéfié, du biogaz et d’autres combustibles plus propres pour remplacer les déjections animales, le bois, les résidus agricoles. Pour autant, ces dernières sources vont être de plus en plus utilisées dans les pays en développement du fait de la démographie et de la raréfaction du pétrole, il faudrait donc inverser la tendance. Les fumées présentes dans les maisons contiennent toutes sortes de polluants nuisibles à la santé et notamment de petites particules de suie ou de poussière susceptibles de pénétrer profondément dans les poumons. La fumée présente dans une habitation mal ventilée peut contenir cent fois plus de petites particules que ce qui est considéré comme acceptable pour l’air extérieur. L’exposition des femmes et des enfants est particulièrement importante car ce sont eux qui passent le plus de temps près du foyer.

Le risque de développer une pneumonie chez les enfants de moins de 5 ans est augmenté, tout comme les maladies respiratoires chroniques et le cancer du poumon (liées à l’utilisation du charbon) chez les adultes de plus de 30 ans. Les études montrent une relation assez convaincante entre cancer du poumon et exposition à la fumée de biocombustibles ainsi que d’une relation avec l’asthme, la cataracte et la tuberculose.

S’attaquer à la pollution de l’air à l’intérieur des habitations liée à l’usage domestique de l’énergie va dans le sens des Objectifs du Millénaire pour le Développement, s’agissant notamment de la réduction de la mortalité infantile (objectif 4), de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes (objectif 3), de la promotion des activités génératrices de revenus et de l’élimination de l’extrême pauvreté (objectif 1) et de la recherche d’un environnement durable (objectif 7). L’OMS considère la « proportion de la population utilisant des combustibles solides » pour cuire les aliments comme un indicateur qui permet de mesurer la progression vers l’intégration des principes du développement durable dans les politiques et programmes des pays. Or malheureusement, le rôle central que joue actuellement l’énergie domestique n’est pourtant pas pris en considération dans les politiques élaborées pour atteindre les objectifs de développement pour le Millénaire.

Les 8 Objectifs du Millénaire pour le développement :

1) Réduire de moitié l’extrême pauvreté et la faim (1,2 milliard de personnes)

2) Assurer l’éducation primaire pour tous (113 millions d’enfants)

3) Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes

4) Réduire de deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans (11 millions d’enfants par an)

5) Réduire de 3/4 la mortalité maternelle

6) Combattre les maladies, en particulier le VIH/sida et le paludisme (1 million de morts par an pour le paludisme)

7) Assurer un environnement durable (1,5 milliard d’humains sans eau potable)

8) Mettre en place un partenariat mondial pour le développement, en fixant des objectifs relatifs à l’aide, aux échanges commerciaux et à l’atténuation de la dette

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