La démocratie vue par l’UMP

lundi 10 avril 2006.par Gilles Pradeau
 
La décision tant attendue d’abrogation du CPE est arrivée : Villepin a annoncé ce lundi 10 avril le remplacement du CPE. Beaucoup ont beaucoup parlé de république, d’anti-républicanisme, et de démocratie. Faisons le point sur cette crise de légitimité.

Les mots sont importants. A travers eux, c’est tout une vision du monde qui s’exprime. Ainsi lorsque le président de l’Assemblée Nationale, Jean-Louis Debré, déclare le 16 mars que "si aujourd’hui, c’est la rue qui fait la loi, nous rentrons dans un système qui n’est plus le système républicain", on s’interroge : mais dans quel système sommes-nous donc aujourd’hui ?

Lorsque le même, le 19 mars, pense que "donner l’ordre à l’Etat par un ultimatum de ne pas appliquer ou de retirer une loi votée par le Parlement, c’est porter atteinte à la République et à la démocratie", on s’interroge encore : nos institutions politiques sont dans un triste état pour qu’on puisse oublier le sens originel des mots démocratie et république. Le peuple souverain et la chose publique apparaissent complètement inutiles pour Jean-Louis Debré : vous nous avez donné votre voix en 2002 pour ne pas laisser Le Pen passer, désormais taisez-vous bonnes gens, nous gouvernons, car nous seuls sommes "légitimes". "Ce n’est pas la rue qui gouverne" (comme le disait Raffarin), mais nos vénérables politiciens. On notera par ailleurs la clairvoyance de Debré sur toute cette affaire du CPE !

Ce pouvoir a d’ailleurs des règles claires pour Debré : toutes ses déclarations montrent à quel point son exercice du pouvoir le laisse à côté de la plaque. Il a toujours tenté piteusement d’appuyer le CPE avec des arguments d’autorité, à savoir cette définition tout à fait étrange de ce que devrait être la démocratie ou la république.

Les manifestations seraient donc anti-républicaines. C’est d’ailleurs pour cette raison que Chirac défilait contre la réforme Savary sur l’école libre à la tête d’un cortège d’un million et demi de personnes en 1984 (1984 et on retrouve la novlangue de Debré avec des mots vidés de leur sens).

Chirac déclarait le 24 mars que "nous avons des institutions démocratiques, nous avons fait la Révolution pour les obtenir". Il semblerait qu’une autre soit encore nécessaire quand on voit la place de la démocratie dans les décisions techniques pour les OGM, ou encore sur le nucléaire par exemple : le 30 mars, sur la loi sur la transparence et la sécurité en matière nucléaire, c’est encore le principe sacro-saint de la démocratie qui est invoqué par l’UMP. Le président de la commission déclare que le quasi-boycott des députés verts des débats parlementaires est une attitude "bien peu démocratique" alors qu’ils interviennent dans les médias. On connait la suite des évènements. Les Verts anti-démocratiques ? On aura tout vu, surtout lorsqu’on parle du nucléaire !

La décision de retirer la loi du CPE, légitime, démocratique et pleinement républicaine n’était que la seule porte de sortie possible et souhaitable. "Agir vite" est la raison avouée de la précipitation de Villepin pour rompre avec sa volonté de donner dans le "dialogue social", et ce dialogue qu’il a tant vanté durant les premiers 6 mois après sa nomination s’est transformé en monologue. Agir vite, cela aurait été d’écouter la population beaucoup plus tôt. Agir vite, cela aurait été d’empêcher un vieillard de déclarer promulguer une loi tout en s’abstenant de l’appliquer, ce qui reste une première et ce qui est devenu une nouvelle consternation européenne. Et dire que la loi sur l’égalité des chances était une suite à la devise "Liberté, Egalité, Fraternité", qui reste toujours un programme politique à réaliser plus de 200 ans plus tard... 200 ans, on est loin de la précipitation.

Les 100 jours de la bataille de l’emploi de Villepin paraissent perdus. Nos "hommes politiques" de la majorité aussi. Nous sommes décidemment loin d’Aristote : l’homme est un animal politique. Cette notion, pourtant ancienne, ne semble pas avoir totalement percé : dans notre systême politique, tout homme n’a pas la légitimité pour influer sur la gestion de son quotidien ou la programmation de son avenir. La notion d’Aristote, oubliée par la droite, n’est pas pour autant perdue pour tout le monde.

Chaque citoyen(ne) a le droit de s’exprimer et d’être écouté, quelle que soit sa condition, son "origine". On sait pourtant que ce n’est pas le cas (tout le discours sur la légitimité par l’UMP en est la preuve) : certains s’abstiennent de prendre la parole, ce qui reste une sorte de auto-censure hélas librement consentie et des inégalités sociales persistent dans ce domaine ; lorsque certains prennent la parole, ils ne sont pas pour autant entendus (on a des exemples ici ou ), la sphère publique ayant un fonctionnement pas tout à fait équitable.

La démocratie reste au coeur de la pensée de l’écologie politique et des Verts : démocratie participative au sein des instances de décision, au niveau local comme pour les instances sanitaires (les lanceurs d’alerte par exemple sur l’amiante, les OGM,...). La Ve république est bien en fin de vie. La nouvelle est à construire, fondée de manière plus pragmatique, sur une égalité réelle et non abstraite, car la réalité n’a pas assez changé après 5 républiques.

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