Le Paraná en danger d’OGM

mercredi 15 mars 2006.par Philippe Ladame
 
Depuis l’Argentine, le soja transgénique franchit les frontières, envahissant le Paraguay et, en contrebande, l’Etat du sud du Brésil frontalier de ces deux pays, le Paraná.

Le site du Monde Diplomatique a mis en ligne un article de janvier 2006 sur les menaces qui pèsent sur l’état brésilien du Paraná.

Renaud Lambert y explique les mutations qu’a connu l’agriculture du pays dans le passé récent. Au début du XXe siècle, la forêt couvrait plus de 16 des 19 millions d’hectares du Paraná. Elle ne représente plus aujourd’hui que 1,5 million d’hectares à peine (8 % de la surface de l’Etat).

Dans les années 80, l’agriculture a connu une modernisation considérable. Entre 1985 et 1995, chaque année, dans l’ensemble du pays, 100 000 propriétés agricoles ont disparu. Aujourd’hui, « 30.000 fazendeiros se partagent près de 70 % des 16 millions d’hectares cultivés du Paraná, avec plus de 100 hectares par exploitation... parfois beaucoup plus. A leurs côtés, quelque 300.000 petits propriétaires exploitent des domaines compris entre 5 et 40 hectares pour la plupart, soit environ 27 % de la surface cultivée. Pendant ce temps, 300.000 familles de « sans-terre » se partagent la surface restante, avec moins de 5 hectares chacune. Il en faudrait pourtant une quinzaine pour nourrir une maisonnée de six personnes, » explique l’auteur.

Le processus de concentration de la terre est pratiquement stabilisé, mais il pourrait reprendre avec l’arrivée des semences transgéniques, notamment par le biais d’une contrebande en provenance d’Argentine, où elles sont autorisées.

Renaud Lambert explique comment, en distribuant, dans un premier temps gratuitement des semences, Monsanto a tenté d’installer une dépendance, que la firme fait maintenant payer au prix fort.

Ces évolutions, récente et moins récente, se conjuguent au détriment de l’agriculture vivrière. Par exemple, « selon l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), la production de haricot noir - lequel est typique des tables brésiliennes - est passée de 38 kg par habitant en 1938 à moins de 10 kg à l’heure actuelle. »

L’espoir qui était né lors de l’élection de M. Luiz Inácio Lula da Silva à la présidence du pays, en 2002, a fait long feu. Renaud Lambert cite plusieurs mesures favorables à un modèle agricole conduit par les firmes multinationales, la dernière en date étant l’adoption, le 24 mars 2005, de la « loi de biosécurité » qui ouvre la voie à la commercialisation des OGM.

« Pragmatisme » économique visant l’intégration au marché international pour y assurer la place du Brésil ou « modernisation conservatrice, polluante et inégalitaire de l’agriculture » ?

Selon M. Baggio, du mouvement des Sans Terre, les transgéniques représentent rien de moins que « l’ultime bataille pour la domination de la terre, non plus par un petit groupe de latifundistes, mais par un groupe encore plus restreint de multinationales ».

Lire aussi : Le soja s’étend, la vie s’éteint.

IMPRIMER


Dernières brèves