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En cette journée de la femme, de nombreuses manifestations ou informations nous ont rappelé, s’il en était besoin, que liberté, égalité et parité étaient encore un vœu pieux pour la moitié féminine de la gente humaine et que les femmes étaient victimes de nombreuses violences.
Pas forcément dans de lointaines contrées exotiques, mais ici, en France, tout près de chez nous.
Ainsi, pour se limiter au seul chapitre des violences conjugales, une récente enquête rendue publique par la ministre déléguée à la cohésion sociale et à la parité, Catherine Vautrin, nous rappelle qu’en France, une femme meurt tous les quatre jours à la suite de violences de son mari, de son compagnon ou de son "ex". Cette enquête prend en compte tous les décès liés à des violences au sein d’un couple enregistrés par les services de police et de gendarmerie en 2003-2004, soit 211 dossiers.
Le phénomène n’épargne aucune tranche d’âge et touche toutes les catégories professionnelles. Dans un quart des dossiers, l’auteur comme la victime sont sans profession. L’alcool est présent dans un tiers des cas.
Il arrive aussi qu’on meure des violences à petit feu, à force de ne pas être écoutées ou de ne pas être crues, sans pour autant figurer dans aucune statistique ou enquête ministérielle.
Néanmoins, la prise de conscience du phénomène est grandissante et, au fil des ans, « les textes récents sur les violences conjugales [1] prônent la rapidité de la réponse judiciaire et l’éloignement, au moins temporaire, des auteurs de violences. »
C’est ce que relate Le Monde dans un article sous le titre « Dans le Nord, "tolérance zéro" pour les maris violents », en explicitant la politique menée par le tribunal correctionnel de Douai où « sévérité et rapidité sont désormais la règle : un flagrant délit ou une plainte entraînent systématiquement le placement en garde à vue de l’auteur des violences. Lors de son défèrement au parquet, il a ensuite le choix entre une comparution immédiate devant le tribunal correctionnel - avec le risque d’être incarcéré - ou un placement de deux semaines dans un foyer pour sans-abri ». L’objectif est d’éloigner le mari violent du domicile conjugal, mais également de créer chez lui « un électrochoc » ; durant ces quinze jours il rencontrera un éducateur ou un psychologue et pourra être orienté, si nécessaire, vers la consultation d’alcoologie de la ville.
En effet, protéger la victime et soigner le bourreau sont les deux volets essentiels dans la lutte contre les violences conjugales. La France a, sur ce chapitre, pas mal de retard sur d’autres pays, tels que l’Espagne [2] ou le Canada.
[1] voir notamment les débats récents de l’Assemblée Nationale
[2] La violence conjugale frappe l’Espagne plus que tout autre pays européen. Un psychologue universitaire basque, Enrique Echebrua, a mené des travaux afin de mettre en oeuvre une thérapie destinée aux hommes violents envers leur compagne. Iciar Bollain, une cinéaste espagnole, a réalisé un film de fiction sur la violence conjugale en 2003 « Ne dis rien », qui s’inspire en partie des travaux d’ Enrique Echebrua. Ce film (qu’il faut absolument voir si l’occasion se présente) a connu un énorme succès en Espagne (1 million d’entrées), a reçu de nombreux prix et a obtenu 7 goyas d’or (l’équivalent de nos césars), ainsi que le prix du public au festival de films de femmes de Créteil en 2004.