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Arnaud Filleul, docteur en systématique et spécialiste de paléo-ichtyologie (l’étude des poissons fossiles), prédit la disparition de milliers d’espèces de poissons d’ici 20 à 30 ans. [1]
« Des dizaines [d’espèces] vont déjà s’éteindre d’ici quelques années. » confie-t-il dans un entretien accordé au Monde du 26 février sous le titre « Le combat inégal de l’homme et du poisson sauvage ».
Dans cet article, Alain Filleul explique que :
Pour l’instant, le réchauffement climatique n’a pas fait disparaître d’espèces.
La surpêche menace gravement des espèces comme la morue et le thon mais que « en laissant la ressource se reposer, le stock se refait au bout de quelques années ou de quelques décennies, la pêche est à nouveau possible ».
Il faudrait cesser de consommer du poisson sauvage, au moins temporairement et pour certaines espèces dont « l’état des stocks est totalement dégradé », comme le thon, le requin - à cause des ailerons -, la morue et la plupart des espèces de grands fonds.
L’élevage de poissons ne constitue pas une solution car il est extrêmement polluant. « Si, à l’avenir, on substitue le poisson d’élevage au poisson sauvage, il n’y aura plus un écosystème côtier viable sur la planète. »
La pollution de l’eau est surtout dommageable en eau douce où elle met en péril les poissons demandant beaucoup d’oxygène, comme par exemple la truite. La pollution chimique a un « impact est assez limité en France, car les rejets d’usines sont relativement bien maîtrisés, mais il est très fort dans les pays émergents, en Chine et en Inde, par exemple, où ce type de pollution détruit des milieux entiers ».
La modification des écosystèmes constitue une menace majeure. « La plus grande menace vise les eaux douces des régions tropicales, où agriculture et déforestation progressent. »
Enfin, à la question « Les poissons vont-ils s’adapter à leur nouvel environnement ? », Arnaud Filleul répond : « Les modifications de l’écosystème sont trop rapides pour espérer une quelconque réaction des poissons. De nouvelles espèces pourront apparaître, mais pas à l’échelle du temps humain : les phénomènes de spéciation prennent des dizaines de milliers d’années. Le bilan ne sera jamais positif. Il n’y a pas de solution qui permette de sauver un environnement sauvage et de vivre à 10 milliards d’individus sur la planète. »
[1] Quelques chiffres :
46% des 28000 espèces de poissons recensées sont menacées, selon l’Union mondiale pour la nature. Mais l’état exact des populations est mal connu.
La consommation mondiale de poissons a plus que triplé entre 1961 et 2001 (de 28 à 96 millions de tonnes par an).