L’amiante envolée.

lundi 13 février 2006.par Alain Richard
 
Mais où sont passées les tonnes d’amiante du Clémenceau ? Et combien y en a-t-il en fait ?

Il y a eu tout d’abord la controverse entre les chiffres du ministère de la Défense (45t) et ceux des associations de défense de l’environnement (entre 500 et 1000t selon Greenpeace) étayés par de nombreux experts scientifiques ou industriels. Voir la récente brève de Citron-Vert à ce sujet.

Et puis finalement, même les chiffres du ministère ne seraient pas tout à fait sûrs, 30t auraient pu se volatiliser (ou rester à bord, on ne sait pas trop) lors d’un transfert des déchets suite à un premier désamiantage effectué à Toulon, comme l’indique notamment Le Monde (et l’ensemble de la presse). Déjà, ça jette un petit froid.

De plus, des techniciens commencent à sortir de leur réserve, comme par exemple dans Libération, où, sous le titre « les troubles calculs du Clémenceau », le responsable d’une société de désamiantage qui était précédemment intervenu sur le Foch (sister-ship du Clémenceau) n’hésite pas à contredire l’Etat et affirme qu’il y aurait, au minimum, 250t d’amiante friable sur le Clémenceau. A la question « Pourquoi témoigner aujourd’hui ? » ce responsable répond « Les entrepreneurs français sont choqués par toute cette opération, ce ratage total. En Europe, la France était devenue un exemple en matière de législation et de protection des travailleurs exposés à l’amiante, mais l’histoire du Clemenceau nous décrédibilise complètement. Il faut être lucide : il est probable que sept ouvriers indiens sur dix qui désamianteront le Clemenceau souffriront un jour d’un mésothéliome. Au fil des années, nous avons compris le danger de cette fibre, adopté les précautions adéquates, et la réglementation nous fait obligation de dénoncer les mises en danger de la vie d’autrui. Alors, aujourd’hui, voir qu’on néglige ces risques parce qu’ils concernent des ouvriers étrangers nous paraît consternant. »

Enfin, le Nouvel Observateur recueille les propos du directeur des campagnes de Greenpeace France sous le titre « c’est un mensonge d’Etat » qui conclut : « Nous ne nous opposons absolument pas au fait que le Clemenceau soit désamianté et envoyé à la casse. Tout ce que nous souhaitons, c’est que cela se fasse dans les règles. Nous n’émettons même pas d’objection au fait que ce démantèlement soit réalisé dans un pays du Sud, nous voulons simplement que le bateau soit désamianté dans un chantier adapté. Nous voulons également que la France cesse de nous mentir à ce sujet et reconnaisse que les proportions d’amiante sont bien loin de celles annoncées, car il est avéré que la différence entre les déclarations et la réalité est énorme. »

Clémenceau, précisément lui, disait que « la guerre est une affaire trop sérieuse pour être confiée aux militaires ». On peut s’interroger aujourd’hui de savoir ce qu’il en est de la santé publique et des politiques (ou des militaires).

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