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Lancé le 17 novembre 2005, l’appel de l’hebdomadaire "La Vie" à la création d’un service civique obligatoire a recueilli plus de 10.000 signatures.
Parmi ces signatures on trouve celles de plus de 450 parlementaires de tous bords politiques. Les députés Ségolène Royal (PS), Pierre Méhaignerie (UMP), Maxime Gremetz (PCF), André Santini (UDF) et Yves Cochet (Verts), ont, par exemple, signé cet appel.
En 1998, le service militaire obligatoire a été supprimé. Obligatoire, il ne l’était d’ailleurs pas tellement. D’abord il ne concernait a priori que la moitié des jeunes, puisque seuls les garçons y étaient appelés. De plus, particulièrement dans les dernières années, les possibilités d’évitement étaient nombreuses [1].
En octobre 1998 était mis en place la Journée d’appel de préparation à la défense (JAPD), d’abord pour les garçons uniquement, puis, depuis avril 2000 pour les filles aussi. La JAPD a pour objectif principal de sensibiliser les jeunes au devoir de défense [2].
Mais cette journée a vite paru insuffisante à certains. Ainsi, dès 2001, François Bayrou, dans le cadre de sa campagne présidentielle, proposait un service civique obligatoire dont il dit attendre « un brassage et donc une plus grande cohésion de la société. » En 2003 la Commission des Affaires Culturelles Familiales et Sociales présentait un rapport qui envisageait les possibilités d’un "service civique", mais ne pouvait conclure.
En novembre 2005, au cours d’une intervention télévisée sur les émeutes dans des banlieues, Jacques Chirac envisageait un service civil volontaire, une mesure destinée à aider des jeunes à trouver un emploi en leur permettant d’intégrer différents corps de métier (défense, police, environnement, santé, culture, et secteur associatif) et qui, avait déclaré le chef de l’Etat, « concernera 50 000 jeunes en 2007 ».
C’est donc à cette même époque qu’a été lancé l’appel de La Vie, dont il convient de noter qu’il ne fait qu’évoquer un principe général, mais n’entre guère dans les détails. « Les signataires de cet appel déclarent qu’il est urgent que soit créé un service civique obligatoire fondé sur l’idée de fraternité et de solidarité. Un service citoyen par lequel chacun d’entre nous, en contrepartie des droits que lui garantit la République, acceptera comme l’un de ses devoirs de contribuer au bien commun en donnant de son temps. » (source).
Le nombre et le grand éventail des soutiens à cet appel donne aujourd’hui l’impression d’un large consensus sur la question.
Il est probable que ce consensus se fissurera vite quand seront évoquées les dispositions concrètes :
quelle durée (trois semaines ; deux fois un mois ; six mois ...) ?
quel lieu (à proximité du domicile ou hébergé ailleurs) ?
quel contenu (activité choisie ou imposée) ?
quels moyens (comment les appelés du SCO subviendront-ils à leurs besoins) ?
Mais sans même attendre ces discussions, des interrogations fortes se font jour, notamment chez les Verts, sur le bien-fondé même du principe. Bien que, outre Yves Cochet, on trouve parmi les signataires Marie-Hélène Aubert, Marie-Anne Isler Begin, Gérard Onesta ou encore Yves Contassot, plusieurs militants se sont d’ores et déjà exprimés contre l’idée même d’ajouter un nouveau dispositif, une parenthèse dans la vie des jeunes, un moyen supplémentaire de formatage.
Faut-il embrigader la jeunesse pour lui apprendre la solidarité ? Faut-il faire compenser par les jeunes le déficit d’engagement de leurs aînés ? Au moment même où on leur impose un contrat précaire de première embauche, il n’est pas certain que les jeunes trouvent ce nouveau dispositif spécial très à leur goût.
[1] On comptait dans les années 90 plus de 100.000 exemptions annuelles.
[2] Au cours de la session 2002-2003, 15,4 % des personnes ayant suivi la JAPD se sont déclarées intéressées par un éventuel engagement.