Chavez : une affaire journalistique

dimanche 15 janvier 2006.par Philippe Ladame
 
Bouillonnement journalistique autour de propos rapportés, condensés, tronqués, réécrits ...

Dans l’observatoire de médias Acrimed Henri Maler et Renaud Lambert tentent une synthèse sur une affaire qui aura occupé plusieurs plumes.

Le soir de Noël, le président du Venezuela, Hugo Chávez, rend visite au « Centro de Desarrollo Endógeno Integral Humano “Manantial de los Sueños” ». Dans son discours, il reprend l’idée maintes fois émises dans cette région du monde marquée par la théologie de la libération que le Christ fut le premier socialiste de notre ère, que son combat est celui des pauvres, qu’il est mort parce qu’il dérangeait les puissants, que, comme le Christ, il faut résister à l’accaparement des pouvoirs et des richesses par quelques uns et que, comme le Christ a ressuscité, le Vénézuela est en train de ressusciter.

- Le 3 janvier 2005, « Guysen Israël News » [1] publie un article signé Albert Bellaïche. Celui-ci, qui revendique ne pas connaître d’autres Chavez que le champion de boxe mexicain, cite une phrase extraite du discours d’Hugo Chavez : « Plus que jamais nous avons besoin du Christ... Il y a suffisamment pour satisfaire le monde, mais quelques minorités, les descendants de ceux-là mêmes qui ont crucifié le Christ, se sont emparées des richesses mondiales. Moins de 10% de la population du monde possède plus de la moitié de ces richesses. Nous sommes bien décidés à changer le cours de l’histoire. » L’auteur en conclut que Hugo Chavez est « un allié déclaré à la cause des outrances et de l’antagonisme que les extrémistes fanatisés mènent actuellement contre l’occident et son allié Israël ! »

- Le lendemain, le Centre Simon Wiesenthal publie, depuis Buenos-Aires, un communiqué intitulé « Le Centre Simon Wiesenthal condamne les déclarations antisémites de Hugo Chávez et réclame des excuses publiques » dans lequel il reprend, en la raccourcissant la citation qui devient : « Le monde dispose d’assez de richesses pour tous, donc, mais dans les faits des minorités, les descendants de ceux-là même qui ont crucifié le Christ, se sont emparées des richesses du monde. »

- Le lundi 9 janvier 2006, Jean-Hébert Armengaud écrit dans Libération un article intitulé « Le credo antisémite de Hugo Chávez ». Dans cet article, la citation devient : « Plus que jamais, le Christ nous manque (...), mais il se trouve qu’une minorité, les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ (...) s’est emparée des richesses du monde [...] et a concentré ces richesses entre quelques mains. »

- Le même jour, Le Monde, sur son site internet, se fait écho de la polémique en un article commençant par ces mots : « Le président vénézuélien, Hugo Chavez, connu pour ses diatribes anti-impérialistes, a tenu des propos antisémites lors de son discours de Noël, prononcé le 24 décembre. » et dans lequel la citation devient : « Le monde appartient à tous mais une minorité , les descendants de ceux qui ont crucifié le Christ, s’est emparée des richesses mondiales (...) ».

Dans ses éditions ultérieures, Le Monde prendra quelque distance et apportera des nuances, sans toutefois démentir sa formulation initiale. Quant à Libération, au cours de la polémique qui s’en suit, il publiera en "courrier des lecteurs" un texte signé Romain Migus, dont l’« auteur » dénoncera les conditions de publication dans une « Lettre ouverte à Monsieur Serge July et à Madame Déontologie des journalistes de Libération ».

Décidément, l’extraction et le traitement de citations est un exercice bien périlleux. Voilà une leçon à méditer.

[1] « Guysen Israël News est une agence de presse indépendante de toute tutelle politique ou autre. Elle s’oppose au terrorisme, et à toute manifestation de racisme, d’antisémitisme ou de judéophobie. » in Qui sommes-nous ?.

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