Parité ratée

jeudi 5 janvier 2006.par Philippe Ladame
 
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » mais, dans la pratique, c’est pas encore gagné.

Bien que les femmes constituent la majorité (59,3%) des effectifs de la fonction publique territoriale (FPT), elles y subissent « la persistance de pesanteurs socio-professionnelles qui entravent (leurs) carrières », selon un rapport approuvé le 21 décembre dernier par le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT).

Ce rapport (.pdf de 278 Ko) a été réalisé par Evelyne Boscheron. Bien entendu, la discrimination n’est pas ouverte : « A carrière égale, salaire égal » est un principe statutaire de la fonction publique. Mais elle se maintient du fait du type d’emplois occupés et à cause du temps partiel non choisi.

- Le statut des femmes dans l’administration publique locale est plus précaire que celui des hommes. Sur 100 femmes travaillant pour des collectivités, 30 sont non-titulaires (alors que, chez les hommes, le taux de non-titulaires n’est "que" de 18%).
- Si elles sont, maintenant, présentes en proportion presque normale (56,6%) parmi les agents de catégorie A (l’encadrement au sens large), elles n’occupent que 17% des emplois de direction.
- Globalement, les femmes gagnent en moyenne 14% de moins que les hommes dans les fonctions publiques. Et cet écart « croît avec le niveau de salaire » : alors qu’il se situe entre 10 et 12% en bas de l’échelle de la FPT, il atteint 18% en haut de la hiérarchie.

Le rapport s’interroge sur l’origine de la persistance de cette inégalité. Le « poids des tâches domestiques » est, bien entendu, évoqué. Le "temps domestique" (ménage, courses, soins aux enfants, bricolage, jardinage) reste inégalement réparti : il est de 2h31 pour les hommes, mais de 4h36 pour les femmes.

S’y ajoute "l’exemple du politique". L’auteure rappelle, à ce sujet, en page 16 du rapport, les chiffres qui indiquent que la parité est loin d’être acquise, en particulier quand on "monte" dans la hiérarchie des responsabilités [1].

Elle insiste, citant l’exemple de Rennes, sur le fait que, quand une réelle volonté existe, la parité peut être atteinte et fonctionner. Le rapport se conclut d’ailleurs par 40 propositions inspirées de l’action volontariste de certaines villes ou départements (Rennes, département du Val-de-Marne, Paris) organisées en trois types :
- relever les inégalités entre les femmes et les hommes par des constats et des évaluations,
- agir au sein des collectivités (en veillant notamment à la rédaction des offres, en améliorant la formation et la gestion du temps),
- mener une série de réformes concrètes (concours, mise en place de passerelles, etc.).

[1] Peut-être faut-il voir comme un écho à ces préoccupations, enfin, quand le président Chirac, au cours de ses voeux, déclare « Je souhaite que soit instituée une obligation de parité dans les exécutifs régionaux et communaux pour ce qui concerne les communes de plus de 3.500 habitants, ainsi que dans la désignation des délégués aux structures intercommunales. »

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