Une politique des déchets fumeuse

jeudi 29 décembre 2005.par Philippe Ladame
 
La fermeture d’un incinérateur à Poitiers dénoncée comme un coup médiatique.

La visite spectaculaire de Nelly Ollin, ministre de l’écologie, venue à Poitiers annoncer la fermeture d’un incinérateur est évoquée par Libération du 29/12/05.

« Coincée entre la rocade Sud et le quartier pavillonnaire flambant neuf de Saint-Eloi, l’UIOM [1] de Poitiers brûle les déchets de 185 000 habitants, soit environ 53 000 tonnes par an. Les dernières mesures relevées par la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (Drire) indiquent que les rejets de polluants sont dans les normes. En revanche, il manque des brûleurs d’appoint, qui servent à maintenir de hautes températures au démarrage des fours, ainsi qu’une seconde série d’appareillages de mesure en continu, » explique Laure Noualhat de Libération.

La municipalité, dirigée par Jacques Santrot (PS), avait demandé un délai pour effectuer les travaux restants [2] afin d’arrêter l’incinérateur au printemps plutôt qu’en hiver, compte tenu du fait que l’incinérateur fournit le chauffage de 7.500 logements du voisinage. Mais la ministre s’est montrée inflexible.

Cette inflexibilité est cependant à géométrie variable. Comme l’explique Libération, « si le ministère s’est montré intransigeant à l’égard de l’UIOM de Poitiers, il a été beaucoup plus clément à l’égard d’autres unités. Par exemple, les usines d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) ou de Sarcelles (Val-d’Oise) fonctionnent toujours alors qu’elles ne sont pas conformes et que les volumes traités sont trois à dix fois supérieurs. »

En outre, le choix de pointer du doigt cet incinérateur poitevin, région dirigée par Ségolène Royal, est vu comme une opération politicienne. En effet, selon Libération, « la CAP est plutôt bonne élève dans sa gestion globale des déchets. Elle recycle près de 10 000 tonnes d’emballages, transforme 11 000 tonnes de déchets verts en compost. Elle récupère également 10 000 tonnes de gravats pour la voirie et s’est lancée dans une expérimentation avec l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) pour réutiliser ses mâchefers. »

Or la question du traitement des déchets mériterait une gestion globale. Se concentrer sur la seule mise aux normes des incinérateurs n’est peut-être pas le meilleur angle d’attaque. Comme l’explique Roger Beaufort, du CNIID (Centre national d’information indépendant sur les déchets), « Pendant qu’on dépense de l’argent à la mise aux normes des incinérateurs, on ne développe pas la collecte des fermentescibles, on n’améliore pas les filières de recyclage et de tri, préférables quoi qu’il en soit à l’incinération. »

[1] UIOM = Usine d’Incinération d’Ordures Ménagères.

[2] Une première vague de travaux en 2003 qui a coûté 5 millions d’euros.

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