Capitalisme financier ... en actions

mercredi 23 novembre 2005.par Philippe Ladame
 
Les mécanismes qui font que l’argent peut rapporter de l’argent sont rarement limpides.

A l’occasion de la privatisation d’EDF, une petite partie de l’iceberg des manoeuvres financières apparaît, bien éloignée de la simple concurrence de base.

Une dépêche Reuters du 22/11/05 en signale quelques unes.

On sait que le prix d’achat des actions EDF par les particuliers avait été fixé à 32 euros (voir notre article). Il était donc intéressant de voir comment allait se comporter le titre le lundi 21 novembre, premier jour de sa cotation.

De toute la journée il ne s’est pas éloigné d’un pouce de 32 euros. Remarquable performance de la Commission des participations et des transferts (CPT) qui avait déterminé le prix d’achat ? Non point : « Au vue de la grande stabilité du cours d’EDF lundi, premier jour de cotation, les intervenants de marché en ont déduit que les banques introductrices ont soutenu le cours à ce niveau, » explique Reuters.

Une telle action de "stabilisation" n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel, apparemment. « Une clause de stabilisation figure bien dans l’accord conclu entre le ministère de l’Economie et des Finances et les banques, comme dans la plupart des contrats d’introduction en Bourse, » précise l’article. Dans le cas présent, « EDF a prévu une rémunération de 140 millions d’euros pour tout le syndicat bancaire. » Ce "syndicat" qui regroupe Calyon, Morgan Stanley, Rothschild ABN-Amro et BNP Paribas - s’est refusé à commenter l’introduction du titre.

Le lendemain, mardi 22, le cours fléchissait assez sensiblement, approchant 31 euros. « A mon avis, elles (les banques) ont déjà utilisé pas mal de leurs munitions hier », a assuré un gérant sous couvert d’anonymat.

Alors, erreur d’évaluation de la CPT ? Peut-être, mais peut-être pas. Car la valeur d’un titre semble influencé par des savants calculs à double ou triple détente : « Il faut regarder les stratégies de certains investisseurs. Certains vendent pour racheter moins cher. D’autres vendent des actions qu’ils n’ont pas encore, » explique une autre source dans ce même article.

Envisageant l’hypothèse d’un cours durablement médiocre, Reuters explique enfin : « Reste l’espoir que la perspective d’une entrée rapide dans le CAC 40 redonne du tonus au cours. »

Drôle de monde, et drôle de système, où la "valeur d’une entreprise" ne dépend pas de ce qu’elle est réellement, de son utilité, de sa capacité, de ses compétences, mais, bien plutôt du fait qu’elle n’est ou n’est pas dans le CAC 40, des interventions volontaristes des banques ou encore des coups plus ou moins tordus de quelques "traders".

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