La CEDH n’interdit pas l’interdiction du foulard

jeudi 10 novembre 2005.par Philippe Ladame
 
La Grande Chambre de la Cour Européenne des Droits de l’Homme estime légitime l’interdiction du foulard islamique dans les universités turques.

« La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a débouté jeudi en appel l’étudiante turque Leyla Sahin qui se plaignait d’avoir dû interrompre ses études de médecine à la suite d’une circulaire du rectorat d’Istanbul de 1998 interdisant l’admission en cours d’étudiantes portant le foulard. » (source).

Dans son arrêt du 10/11/05, la Cour établit d’abord que l’interdiction du port du foulard par l’université était conforme aux réglementations antérieures, à la jurisprudence de la Cour constitutionnelle turque et à l’avis du Conseil d’Etat considérant que « le port du foulard islamique par les étudiantes n’était pas compatible avec les principes fondamentaux de la République. » Elle insiste sur le fait que toutes ces dispositions étaient antérieures à l’inscription de l’étudiante.

La Cour s’interroge ensuite sur les motivations qui ont présidé à cette interdiction. Estimant que le système constitutionnel turc vise, entre autres, à « prémunir l’individu contre des pressions extérieures émanant des mouvements extrémistes » ainsi qu’à assurer « la protection des droits des femmes », la Cour conclut à la légitimité des buts poursuivis.

La Cour note, en outre, que « tout au long du processus décisionnel ayant débouché sur la décision du 9 juillet 1998, les autorités compétentes ont cherché à adapter leur attitude à l’évolution du contexte pour ne pas fermer les portes de l’université aux étudiantes revêtues du foulard islamique, en gardant le dialogue avec celles-ci tout en veillant au maintien de l’ordre public dans l’enceinte de leur établissement. »

Se fondant sur cet ensemble de considérations, la Grande Chambre [1], par seize voix contre une, a confirmé le jugement de la Cour de juin 2004 et conclu à la non-violation de l’article 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) de la Convention européenne des Droits de l’Homme.

Ajout du 11/11/05 : Un article du Monde rapporte que le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a critiqué le jugement de la CEDH. Considérant l’autorisation du voile comme une « composante de la liberté », M. Erdogan, dont le Parti de la justice et du développement (AKP) est issu de la mouvance islamique, a affirmé : « vous ne pouvez pas oblitérer les droits du peuple avec des lois erronées. Tôt ou tard, ces droits seront inclus dans la loi. »

[1] La Cour européenne des Droits de l’Homme a été créée à Strasbourg par les Etats membres du Conseil de l’Europe en 1959 pour connaître des allégations de violation de la Convention européenne des Droits de l’Homme de 1950. Elle se compose d’un nombre de juges égal à celui des Etats parties à la Convention. Siégeant à temps plein depuis le 1er novembre 1998, elle examine en chambres de 7 juges ou, exceptionnellement, en une Grande Chambre de 17 juges, la recevabilité et le fond des requêtes qui lui sont soumises.

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