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Les années 50 ont la cote au gouvernement. Après le recours à une loi de 1955 pour décréter l’état d’urgence, voici le retour à l’idée que les jeunes peuvent quitter l’école à partir de 14 ans, comme au bon vieux temps.
C’est, en effet, dès 1959 que la scolarité a été allongée par la loi jusqu’à 16 ans. Il faudra, il est vrai, quelques années pour que cet allongement devienne effectif. Mais, depuis plus de 30 ans, la scolarisation est obligatoire jusqu’à 16 ans.
Cette scolarisation n’allait pas sans difficulté, bien sûr, pour ceux qui arrivaient au collège sans "les bases", pour diverses raisons. Cette difficulté rendait nécessaire la constitution d’équipes et l’adaptation de programmes et de méthodes. Cela a donné les CPPN (classes pré-professionnelles de niveau), les CPA (classes préparatoires à l’apprentissage), et quelques variantes ou encore, plus proches des "classes normales", les 4ème et 3ème technologiques.
Ces classes constituaient indubitablement des filières (plus ou moins étanches) mais du moins se situaient-elles dans le cadre général, et les établissements, de l’Education Nationale.
Ce dispositif a été détricoté progressivement par les ministères successifs. Et les deux dernières années ont vu jusqu’à la disparition des classes "technologiques".
Plutôt que de repenser les rythmes, les contenus et les méthodes en s’appuyant sur l’expérience des acteurs de ce dispositif, dans le cadre d’une adaptation générale de l’école, les gouvernements ont préféré le semblant de solution que représente l’uniformité et, avec la loi Fillon, l’illusion de solution que constitue le retour de l’autoritarisme.
Dans ce "nouveau" dispositif de scolarisation, probablement peu productif pour la plupart des élèves, ceux qui arrivent au collège en grande difficulté ont encore moins leur place que les autres. Il n’est pas très étonnant que le gouvernement ait choisi le prétexte des événements actuels pour les pousser dehors.
La décision de permettre la sortie du système scolaire dès 14 ans, provoque, bien évidemment, des réactions. Le Café Pédagogique en cite plusieurs :
Pour le Sgen-Cfdt, "les propositions du ministre aggravent l’exclusion... Ce n’est pas en rétablissant le couvre-feu qui ne peut que ramener à une période difficile de notre histoire que les banlieues vont reprendre confiance... Rétablir l’apprentissage à 14 ans pour ces jeunes en difficulté est une régression considérable. L’apprentissage n’est pas une remédiation à l’échec. Le Premier ministre ne semble plus croire au rôle fondamental de l’École dans la société. Que devient le socle commun qui figure dans la loi Fillon ? Que devient le nécessaire " vivre ensemble " ? Pendant que nous y sommes pourquoi ne pas rétablir le travail des enfants ?"
Le Se-Unsa dénonce une mesure " réactionnaire et rétrograde... Pour des jeunes qui vivent au jour le jour la relégation sociale, il s’agirait donc de rétablir une voie de relégation scolaire abandonnée depuis trente ans ! L’égalité républicaine est-elle compatible avec l’orientation précoce ?"
Pour la FSU "c’est lamentable. Loin d’améliorer la situation, cela va enfoncer encore plus les jeunes en situation de précarité, les mettre à l’écart de toute possibilité de vraie qualification et d’emploi... Le gouvernement veut accentuer le tri social, condamner définitivement à l’exclusion les jeunes les plus en difficulté".
La FCPE clame aussi son indignation. " Alors que les jeunes ont besoin, pour s’insérer socialement et professionnellement, de plus d’école, mais surtout de mieux d’école, le gouvernement rétablit l’apprentissage à 14 ans. Il revient 30 ans en arrière, lorsque la fin de la scolarité obligatoire était fixée à 14 ans ! Jamais encore on n’est parvenu à un tel niveau dans l’aveuglement et dans l’impuissance.".