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« Enfin cette jeunesse maltraitée, méprisée, précarisée, marginalisée, exclue du coeur de la vie se révolte contre ce vieux monde qui était déjà mort depuis longtemps et ne le savait pas encore, » dit l’un. « La violence est condamnable sous toutes ses formes. Elle est incompatible avec les principes fondateurs d’une démocratie qui se respecte. (...) il faut la condamner d’abord, réprimer les acteurs et construire une politique pédagogique pour défendre les fondamentaux de la république et de la démocratie, » dit l’autre.
Ces propos ont été publiés le même jour sur la liste Alphavert, liste d’échanges des adhérents Verts. Ils représentent bien l’ambivalence de leur pensée, confrontés, à la fois, aux postures policières méprisantes et aux postures guerrières nihilistes.
Cécile Duflot, porte-parole des Verts, a publié, le 6/11/05, un communiqué qui porte d’ailleurs ce dualisme quand elle explique que « Les Verts sont solidaires du traumatisme moral et matériel subi par tous. Ils savent que les comportements violents sont l’écume d’une crise sociale et d’un mal-être profond mais ils veulent dire qu’ils sont convaincus qu’en retournant leur rage désespérée contre leur proches et leurs voisins, les incendiaires se trompent de méthode et de cible. »
Mais s’ils abordent ce redoutable problème plutôt par un bout ou plutôt par l’autre, les militants Verts se rejoignent rapidement sur l’analyse des causes de cette crise sociale, qui ne saurait être résolue par la simple poursuite de la politique sécuritaire.
Serge Billion, de l’Observatoire des Inégalités, met d’ailleurs en lumière de façon limpide ces causes. Utilisant les données, enfin disponibles, du Service d’Information Géographique, il brosse un portrait de la Zone de Redynamisation Urbaine (ZRU) du grand ensemble de Clichy-Montfermeil (Seine Saint-Denis). « Au recensement de 1999, ce "quartier prioritaire" comprenait 29 955 habitants et perdait 6 % de sa population depuis 1990. 41 % de la population y est âgée de moins de 20 ans. Le taux de chômage total est de 27,9 %. Pour les 15-24 ans il s’élève à 37,1 %. Un tiers des ménages du quartier ne possède pas de voiture. 11,4 % des logements sont vacants. 40,3 % de la population de plus de 15 ans ne possède aucun diplôme. Parmi ceux qui travaillent, 17,7 % sont des salariés précaires. »
L’auteur fait les mêmes constatations pour le quartier de la Madeleine à Evreux (Eure). « Cette Zone urbaine sensible (ZUS) de quelques 12 000 habitants a perdu plus de 9 % de sa population entre 1990 et 1999. Elle affiche, elle aussi, quelques compteurs au rouge : 44,3 % des 15 à 24 ans sont au chômage. Ils n’étaient que 21,6 % en 1990. Les salariés précaires représentent 27,9 % de la population active occupée (17,2 % en 1990). 37,9 % des ménages ne possèdent pas de voiture. Entre 1990 et 1999, le nombre de chômeurs dans le quartier a augmenté de 42,2 %, etc. »
Serge Billion appelle à un changement de regard rapide, qui permette de voir, derrière l’actualité de la "question urbaine", l’urgence de la "question sociale" qui concerne l’ensemble de la population, pour en finir vite avec la politique de « pompiers incendiaires qui alimentent cette fracture en offrant des baisses d’impôts aux uns et des stages ou des contrats nouvelle embauche aux autres. »