Carburants : ça chauffe

mercredi 13 octobre 2004.par Philippe Ladame, Dominique Ramard
 
Surchauffe passagère ou amorce d’une hausse inexorable, le prix actuel du baril de pétrole provoque à chercher à comprendre les données du problème et à réfléchir aux alternatives.

OPEP opaque

Alors que le baril a récemment franchi les 50 dollars, les experts estiment en général que, vu l’accroissement de la demande et l’instabilité de certaines zones de production, la hausse devrait se confirmer [1].

Quelle est la part de la "prime de risque" que s’occroîent les producteurs ? Quelle est la réalité des réserves ? Quels sont même les chiffres de la production ?
Dans un article du Monde Diplomatique de juillet qui vient d’être mis en ligne, Nicolas Sarkis pointe la difficulté de mener une analyse sereine compte tenu que la fixation des prix tient, selon lui, du « poker menteur », que les informations sur les volumes produits parviennent très tardivement et que les indications concernant les réserves (qui ne sont pas vérifiées par des organismes indépendants) semblent peu fiables.

Comme Yves Cochet et Maximilien Rouer il y a peu (voir notre brève ), il évoque le "pic de pétrole", ce moment où les courbes de demande de pétrole d’une part et de capacité de production d’autre part, se mettent à diverger.

Il conclut : « l’épuisement - lent mais inexorable - des réserves rend de plus en plus inéluctable la transition progressive vers des sources d’énergie autres que le pétrole. »

Les biocarburants

Produits à partir de cultures agricoles, les biocarburants font partie des filières d’énergies renouvelables, faiblement émettrices de CO2, le principal gaz à effet de serre, mais sont encore peu rentables.

Sur la base d’un baril de pétrole à 25 dollars, ils sont trois fois plus chers à fabriquer que les carburants fossiles traditionnels (gazole et essence issus du brut). A 50 dollars le baril de pétrole, ils deviendraient rentables.

Un biocarburant, c’est quoi ? Il existe deux filières :
- Le diester (EMVH) ou biodiesel est fabriqué à partir de cultures oléagineuses (colza, tournesol, soja ou palme). En France le colza est le plus utilisé, le tournesol étant exploité dans le midi.
- L’éthanol est dérivé du blé et de la betterave en France, de la canne à sucre au Brésil (premier producteur mondial) et du maïs aux Etats-Unis (numéro deux mondial).

Le diester est mélangé au gazole et l’éthanol à l’essence sans que le consommateur en soit averti. La proportion est d’environ 1% actuellement (1,5-2% pour le diester et moins de 0,5% pour l’éthanol).

Législation. Une directive demande d’incorporer 2% de biocarburants en 2005 et 5,75% en 2010. Le gouvernement avait confirmé en juillet dans le Plan climat son intention de respecter cette loi européenne.

Production. La production française atteint actuellement 410.000 tonnes/an sur 320.000 hectares (310.000 tonnes sur 300.000 hectares pour le diester, 100.000 tonnes d’éthanol sur 20.000 hectares). Elle permet d’éviter le rejet d’un million de tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

La défiscalisation (réduction de TIPP pour les sociétés de raffinage incorporant des biocarburants) totalise aujourd’hui 180 millions d’euros par an. Avec un baril de brut à 25 dollars, elle devrait approcher le milliard d’euros en 2010 pour respecter la directive. La production (2,9 millions de tonnes) et les économies de CO2 (7 millions de tonnes) seraient alors multipliées par sept.

[1] D’après AP du 17/10/04, Dominique Bussereau, secrétaire d’Etat, a cependant déclaré : « nous pensons qu’il s’agit d’une crise conjoncturelle. »

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