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Suivant l’endroit où vous résidez, un établissement public précis vous est destiné. C’est ce qu’on appelle la "carte scolaire".
En cette période de rentrée, Le Monde publie deux articles sur le sujet. Le premier fait le constat des stratégies d’évitement, le second porte l’attention sur les nouveaux dessinateurs de la carte scolaire.
« A Paris, 40 % des élèves de sixième évitent leur collège public de rattachement grâce à des dérogations ou à une inscription dans un établissement privé, » commence Luc Bronner dans le premier article. Ce chiffre, très élevé, est pourtant une estimation a minima puisqu’il ne tient pas compte de l’évitement "officieux" obtenu grâce à de fausses domiciliations.
En province, le phénomène existe aussi : un peu moins de 29 % des collégiens étaient scolarisés hors de leur collège de rattachement, selon les dernières données disponibles (publiées en 2001) [1].
Selon Didier Jouault, inspecteur d’académie de Paris, la moitié environ des demandes de dérogation sont justifiées (rapprochements familiaux, motifs médicaux, choix d’option). « Les autres correspondent, de fait, à un refus d’aller dans le collège de quartier. Avec parfois des motifs politiquement incorrects : tel type de population en trop grand nombre, collège mal tenu, enseignants réputés moins sévères... » explique M. Jouault.
Résultat : 6 % des sixièmes sont inscrits dans un collège hors de leur secteur. Une stratégie d’évitement qui a un caractère social marqué : « les demandes de départ sont deux fois plus nombreuses dans les collèges défavorisés (20 % des sixièmes concernés) que dans ceux favorisés (10 %) ; elles sont surtout concentrées dans le nord-est de la capitale et le sud du 14e arrondissement. »
L’autre manière d’éviter d’aller dans l’établissement attribué c’est de choisir le privé. En moyenne, 10,5 % des élèves parisiens de CM2 s’orientent vers le privé pour l’entrée en collège. Mais dans certains secteurs la "fuite" en fin de primaire est plus massive encore. Une fuite qui, selon Education et Formations, semble cependant toucher plutôt les élèves "moyens" que les meilleurs élèves (qui, eux, recourrent plutôt aux dérogations).
Face à cette situation d’évitement fréquent, les responsables avancent à petits pas. D’autant plus prudemment que la loi du 13 août 2004 a redéfini les responsabilités en matière de sectorisation.
Pour les maternelles et primaires, c’est maintenant l’attribution du Conseil Municipal (petit changement, puisque c’était précédemment le maire).
Pour les collèges le changement est plus significatif puisque cela devient une attribution du conseil général (le département).
Pour les lycées, pas de changement, l’inspecteur d’académie reste chargé de définir les secteurs de recrutement.
Chargés d’une nouvelle et lourde responsabilité, les conseillers généraux, interrogés par Luc Bronner, sont circonspects et mettent en avant la complexité de la question, ainsi que la nécessité de diagnostics précis et fiables avant d’entreprendre toute modification de la carte scolaire et toute réforme de sa mise en oeuvre.
Peut-être aussi que la question de fond de la pertinence du système n’est pas établie solidement dans tous les esprits. Quand un dispositif est à ce point contourné, on peut effectivement s’interroger sur son bien-fondé.
[1] Le chiffre de l’évitement est plus élevée en Bretagne, du fait de son histoire propre de grande popularité de l’enseignement privé.