Google, des souris et des hommes

vendredi 1er juillet 2005.par Philippe Ladame
 
Joies de la concurrence libre et non faussée, petites maneuvres publicitaires et grands profits.

Si vous faites une recherche sur Google, sur le mot "allergies" par exemple, vous trouverez quelque 7 millions de réponses dans la partie principale (les trois quarts gauche).

Dans la colonne de droite se trouvent quelques liens commerciaux. Ceux-là apparaissent non pas parce que les sites en question sont pertinents au regard des critères du moteur de recherche de Google (proximité linguistique, actualité des pages, popularité du site, etc), mais parce que leurs propriétaires payent cet affichage.

Ils payent en fonction du nombre de clics que leurs liens recevront. Si vous cliquez sur un de ceux-ci, la compagnie propriétaire paiera à Google quelques centimes d’euros.

Dans le joli monde qui est le nôtre (ou, plus exactement, celui que nous préfigure l’Oncle Sam), il n’en fallait pas plus pour démarrer une spirale folle qui a vu la compagnie Click Defense Inc. porter plainte le 24/06/05 auprès du tribunal San Jose, en Californie, contre Google.

Click Defense met en effet Google en cause dans une affaire de ’cliquage abusif’ [1], pratique qui consiste à cliquer sur des liens commerciaux sans intention de faire affaire avec l’annonceur.

On estime que cette pratique de ’cliquage abusif’ affecterait 20% des clics sur liens publicitaires, principalement parce que des entreprises feraient en sorte de multiplier les clics sur les liens commerciaux de concurrents afin d’alourdir leur facture publicitaire.

Click Defense affirme avoir détecté un taux de ’cliquage abusif’ pouvant atteindre 38% et explique que cette pratique a d’ores et déjà fait perdre plus de 5 million de dollars à divers clients de Google.

Plutôt que de s’en prendre aux entreprises qui se rendraient coupables de cliquage abusif, Click Defense a choisi de mettre en cause Google, qui tire l’essentiel de ses revenus de ces liens commerciaux [2], pour n’avoir pas fait suffisamment pour avertir ses clients de ce risque et n’avoir pas mis en place de dispositif pour le contrecarrer.

« Nous estimons que la plainte est sans fondement et nous nous défendrons avec vigueur » a expliqué un porte-parole de Google. Une belle bagarre juridique ne devrait pas déplaire au plaignant car elle lui procurerait une belle couverture publicitaire : comme son nom peut le faire comprendre, Click Defense commercialise des logiciels ... qui prétendent lutter contre le ’cliquage abusif’. ;-)

Sources : Free Internet Press (en anglais).

[1] Nous adopterons le néologisme de ’cliquage abusif’ pour traduire "click fraud", dans l’attente que l’usage d’une traduction s’établisse.

[2] Les liens commerciaux ont rapporté à Google 1.3 milliard de dollars au premier trimestre 2005.

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