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Depuis quelques années des voix s’élèvent pour attirer l’attention sur le rôle des pollutions dans la survenance de cancers. Ainsi, le Dr Belpomme, président d’ARTAC [1], estime que 60 à 70% des cancers sont induits par la pollution [2].
Mais de tels experts, modernes Cassandres, ont du mal à convaincre. En effet, s’ils expriment leur intime conviction, il leur est difficile de s’appuyer sur des chiffres. Le problème est, en effet, que jamais, devant un cas de cancer, un médecin ne peut dire « en voici la cause ». Le médecin constate que des cellules ont muté et se multiplient, mais il ne peut généralement pas dire ce qui a, dans tel cas précis, provoqué les mutations et la réplication.
Faute de pouvoir décompter tant de cancers dus à ceci, tant à cela, etc., les experts tentent des déductions à partir de statistiques globales.
L’une de ces études globales vient d’être rendue publique (dépêche Reuters du 4/04/05). Cette étude de l’Inserm (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale) établit qu’entre 1980 et 2000, le nombre de nouveaux cas annuels de cancers chez l’adulte en France a augmenté de 63%. Cette augmentation est "due pour près de moitié à l’accroissement et au vieillissement de la population", relativise l’Inserm. Certes. Reste quand même l’autre moitié. D’ailleurs le rapport signale lui-même que, désormais, 37% des décès prématurés (avant 65 ans) sont dus à des cancers.
Ce sont ces données et cette tendance qui pointent vers des causes environnementales. Certaines sont maintenant assez généralement admises. Le rapport note ainsi que « Au cours des dernières décennies, de nombreux exemples du rôle de l’environnement dans l’apparition de cancers spécifiques ont été établis : tabac et cancer broncho-pulmonaire, amiante et mésothéliome, rayonnement UV et mélanome, trichloréthylène et cancer du rein, etc. »
Mais cela ne rend pas compte de la totalité de la croissance des cas de cancers. L’Inserm avance ici sur la pointe des pieds, indiquant « Ainsi, différents types d’études ont abordé les relations entre l’environnement et le cancer. Ils apportent des arguments et des preuves de nature complémentaire ». C’est que, comme l’indique le rapport dans sa deuxième partie, la cause d’un cancer ne tient pas en un mot. C’est le résultat d’un mécanisme complexe où des éléments non déclenchants, mais seulement favorisants, peuvent, en définitivé, jouer un rôle essentiel.
De même, les auteurs du rapport laissent entendre que des précautions doivent être prises à l’égard de doses faibles, quand ils indiquent que « La prévention du cancer doit associer la réduction du nombre de cancérogènes auxquels l’homme est exposé et la réduction des niveaux d’exposition. Ce dernier point est essentiel même pour des taux d’exposition faible. »
L’Inserm dit ces choses fortes d’une toute petite voix. C’est que l’on parle ici, sans les nommer, des centaines de molécules mises en circulation ces dernières décennies, sans guère de discernement et de précaution, par les industries chimique et agro-alimentaire, puissants lobbies.
C’est aussi que le sujet est infiniment complexe. Cyberpresse.ca ne vient-il pas de signaler qu’une étude canadienne a établi que la vitamine E et le bêta-carotène, que l’on croyait éléments de prévention, accélèraient la survenue de cancers latents quand ils étaient donnés en dose pharmaceutique !
[1] ARTAC : Association pour la Recherche Thérapeutique Anti-Cancéreuse - http://www.artac.info/.
[2] Voir le compte-rendu de la conférence donnée par le Dr Belpomme à Lorient.