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C’est le journal Libération dans un article du 29/01/05 qui analyse la question.
Le journal tire le bilan de la décision de la gratuité, prise en décembre 2001 par Bertrand Delanoë. Un bilan singulièrement positif, puisque, à périmètre égal, la fréquentation des musées municipaux affiche une hausse de 124 % sur trois ans.
Quelques exemples donnés par le quotidien confirment ce bilan d’ensemble. « La maison de Victor Hugo est passée de 60.000 entrées en 2001 à 152.000 en 2004. Avec plus de 600 000 entrées, la fréquentation du Musée Carnavalet (histoire de Paris), premier musée ouvert par la ville en 1880, a augmenté de 138 %, profitant de sa situation dans le Marais et de son jardin. Le petit musée de la Vie romantique a eu 140 000 visites l’an dernier. »
Le phénomène n’est pas seulement parisien. « L’Isère, seul département à avoir opté pour la gratuité, constate, elle, une hausse des entrées de 69 % l’an dernier ».
Positif sur le plan culturel, cet afflux de visiteurs "gratuits" a même des effets bénéfiques pour les finances des musées. En effet, Libération explique que les expositions temporaires, qui sont payantes elles, en ont profité, avec davantage d’expositions accueillies et une hausse de 16,5 % des entrées. A quoi il faut ajouter une augmentation du chiffres d’affaires des boutiques.
Ce modèle est-il généralisable ?
Les musées français ne semblent pas en prendre la voie, apparemment. La gratuité d’accès offerte aux enseignants, artistes ou critiques d’art a été remise en cause. Depuis 2000, Beaubourg a fait payer l’accès au bâtiment et Versailles l’entrée de ses jardins. Le Louvre a augmenté son prix d’entrée de 15 % (1 euro de plus).
Premier musée au monde, le Louvre a, malgré cette augmentation, battu ses records de fréquentation en 2004, avec 6,2 millions d’entrées. Mais le cas est un peu atypique : les touristes étrangers forment, en effet, presque les deux tiers des visiteurs du Louvre. « La proportion de nationaux progresse néanmoins (de 31 % en 2001 à 35 %), de même que celle des jeunes (de 40 à 45 %). Mais le musée est toujours éloigné des Parisiens, qui ne composent qu’un dixième de ses visiteurs. »
Libération s’attarde aussi sur le cas du château de Versailles qui « songe néanmoins à revenir sur l’entrée payante dans le Petit Parc, se rendant compte qu’elle a entraîné une détérioration des relations avec les Versaillais ».
Mais le château se heurte à la difficulté que représente l’afflux de visiteurs. Comme le dit son administrateur général, Christophe Tardieu, « Le problème reste entier : nous recevons 3 millions de visiteurs. Le château n’est pas conçu pour cela. Il ne pourra pas en recevoir 5 ou 6 millions. »
Evoquant l’hypothèse de la généralisation du système de réservation, le journal conclut : « Portée par les ambitions mitterrandiennes, la France a été au coeur de la révolution muséale, favorisant d’énormes mouvements de foule vers les collections d’art et les expositions. La voici désormais prise dans un faisceau de contradictions nourries de ce succès même. »