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La fin du XXè siècle a vu la disparition, somme toute assez rapide, ou, du moins la réduction significative, des quotas et des tarifs douaniers dans le système d’échange commercial international.
Les droits de douanes sont une notion assez facile à comprendre : à l’entrée dans le pays, pour tel produit tout exportateur doit acquitter une taxe de 5 francs s’il vient du pays X et de 7 francs s’il vient du pays Y.
Les quotas sont un peu plus complexes : le pays accepte, tous exportateurs cumulés, 120 tonnes de tel produit venant du pays X et 100 tonnes venant du pays Y.
Les deux systèmes avaient pour une première fonction d’auto-protection et permettaient, en outre, de maintenir des liens et des préférences d’états à états. Ce sont eux, notamment, qui ont été remis en cause par les accords internationaux des dernières décennies et dont l’abandon, ou, du moins, la forte limitation a favorisé le phénomène dit de "mondialisation" [1]
Mais pour des raisons historiques (probablement son caractère à la fois basique et général, délocalisable et exportable), un secteur a, pour un bonne part, échappé à ce mouvement : le secteur textile.
Alors que le commerce des autres produits se libéralisait, les échanges dans le textile sont restés largement régulés, sous le régime de l’AMF. L’Arrangement MultiFibres était un système de quotas établi pour permettre aux pays développés de protéger leur industrie textile, en limitant les importations sur la base de quotas déterminés pays par pays.
C’est ce dispositif qui a, par contre-coup, provoqué le développement de l’industrie textile dans des pays comme le Bangladesh, quand d’autres pays avaient épuisé leur quotas auprès des pays développés.
C’est cet AMF qui (après un dispositif transitoire nommé ATV, Accord sur les Textiles et les Vêtements) disparaît en ce début 2005.
Une disparition qui risque de provoquer bien des remous comme le signale Christian Losson dans Libération du 4/01/05.
Il est probable en effet que la fin des quotas textiles mette, pour quelque temps du moins, la Chine en position ultra-dominante, au détriment d’autres pays.
Selon le Fonds de développement des Nations unies, un million d’emplois pourraient être supprimés au Bangladesh. « Parmi les 140 millions d’habitants, les premières victimes seront sans doute les femmes, les deux tiers des employés du secteur ».
Au Cambodge, les licenciements ont commencé, frappant, là aussi, avant tout les femmes : « 9 usines sur 215 ont déjà fermé. Le pays pourrait perdre jusqu’à 40 % de son industrie textile, qui emploie 267 000 personnes et pèse 25 % du PIB et 85 % des exportations ».
L’île Maurice, Madagascar, la République dominicaine, le Guatemala seront probablement concernés aussi.
[1] Le fait que ladite mondialisation n’ait pas été démocratiquement maîtrisée et qu’une "autre mondialisation" soit possible ne fait pas l’objet de cet article.