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Le Monde du 19/12/04 consacre un article aux massifs coraliens des mers du sud.
« Les récifs coralliens constituent la source de subsistance d’un demi-milliard d’êtres humains, à qui ils fournissent leur nourriture ou attirent sur eux la manne touristique. C’est ce que rappelle le document "L’état des récifs coraliens 2004", rendu public début décembre à Washington. Ce rapport rassemble des données recueillies par 240 experts de 98 pays et souligne la vulnérabilité de ces écosystèmes. 20 % d’entre eux auraient été détruits et il n’existerait aucune perspective pour leur rétablissement. Cependant environ 40 % des 16 % des récifs sérieusement endommagés lors de l’épisode climatique El Niño-La Niña de 1997-1998 - un réchauffement des eaux qui avait entraîné leur blanchiment - ont récupéré, ou sont en voie de guérison. Un quart des récifs serait menacé de destruction imminente et un quart supplémentaire le serait à plus long terme. L’activité humaine en est la principale responsable, qu’il s’agisse de surpêche (notamment à l’explosif), de pollution, voire du réchauffement climatique, qui pourrait favoriser de forts El Niño. »
Les récifs coralliens résultent de la longue association de petits polypes, sorte de toute petites méduses, qui s’abritent dans le squelette calcaire qu’ils fabriquent, avec les zooxanthelles, petites algues unicellulaires, qui apportent aux polypes de l’oxygène en même temps qu’elles se nourrissent de certains de leurs composés organiques.
Cette remarquable association peut être mise en danger. Ainsi, une élévation sensible de la température de l’eau ou une forte agitation des eaux peuvent provoquer la disparition des zooxanthelles. S’engage alors le processus - souvent irréversible - de blanchiment du corail.
L’augmentation de la concentration de CO2 dissout dans l’eau de mer peut, elle aussi, avoir un impact sur les massifs coralliens, en ralentissant la calcification dans une eau devenue plus acide. Prévoyant un doublement des émissions de CO2 dans les cent années à venir, les experts prédisent en général une réduction de la calcification corallienne de 40%.
Mais le Monde se fait l’écho d’une simulation plus optimiste. « Ben McNeil, de l’école de mathématiques de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney, et ses collègues estiment que le réchauffement des eaux de surface pourrait se traduire, en 2100, par un taux de calcification des coraux 35 % plus élevé qu’avant la période préindustrielle. »
La modélisation des chercheurs australiens se fonde sur l’hypothèse que la température moyenne des eaux dans les régions coralliennes pourrait passer de 25 °C dans les années 1950 à 28,2 °C en 2100. Or, d’après eux, l’effet d’une petite augmentation régulière de la température contrebalancerait largement l’effet de l’augmentation du taux de CO2.
Cela dit, les chercheurs australiens ont bien conscience que leur modélisation est bien grossière. « Certaines preuves montrent que les différents coraux n’ont pas la même sensibilité aux changements de concentration d’aragonite et de température », reconnaissent-ils recommandant d’élargir les expérimentations à différents types de formations coralliennes.
Et le Monde d’ajouter : « Un autre paramètre, les cyclones, n’est pas non plus pris en compte dans leur modélisation. Il s’agit des plus gros destructeurs naturels des récifs. Or le réchauffement climatique, estiment les experts, devrait s’accompagner d’une multiplication des phénomènes extrêmes de ce type. »