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Initié en Mars 2005 à Waco (Texas) puis rediscuté à Cancun (Mexique) en 2006, à Montebello (Canada) en Août 2007 et à la Nouvelle Orléans en Avril 2008, ce projet est porté par les présidents Stefan Harper (Canada), Felipe Calderon (Mexique) et George W. Bush (USA), tous trois fervents conservateurs. L’objectif à atteindre est le suivant : un seul marché, une seule frontière économique, et un seul système officiel de sécurité d’ici 2010.
A première vue, il pourrait s’agir d’une bonne chose, une sorte d’Union européenne américaine. Seulement voilà : personne ou presque n’est au courant de cette ambition, tant aux USA qu’au Canada ou au Mexique. Aucun grand média n’a relayé l’information et les pouvoirs politiques se sont bien gardés de chercher à informer leurs citoyens. Ne faut-il y voir le signe d’intentions moins respectables qu’il n’y paraît ?
Les auteurs de ce projet sont les membres du Conseil Canadien des Chefs d’Entreprise, le Consejo Mexicano de Asuntos Internacionales mexicain et le Councile of Foreign Relations américain. Or cette dernière instance (proche conseillère de l’administration Bush dans ses guerres impérialistes) a demandé à ce que « le Canada soit "effacé" d’ici 2010 » (source article de juillet 2007 du site canadien Mondialisation) . Le Councile of Foreign Relations nourrit deux ambitions : la première est de mettre à disposition des grandes entreprises américaines (qui sont très bien représentées dans les trois instances ci-dessus) les formidables ressources canadiennes (telles que le pétrole, l’eau potable et l’énergie hydroélectrique au Québec). La seconde est de forcer le Canada et le Mexique à s’aligner sur la politique étrangère étasunienne. En effet, on comprend aisément que, s’il devait naître une sorte d’Union Nord Américaine, un seul membre dominerait complètement les autres et pourrait donc imposer sa volonté. Sous couvert d’ « Intégration Continentale » (autre nom donné au projet), le Partenariat de Sécurité et de Prospérité de l’Amérique du Nord n’est ni plus ni moins que la colonisation du Mexique et du Canada par les Etats-Unis. (source Mondialisation)
Mais si cela devait vraiment se faire, comment fonctionnerait cette Union à la botte des Etats-Unis [1] ? Concrètement, un Competitiveness Coucnile (Conseil de Compétitivité) serait mis en place. Composé de 30 membres (des militaires, des industriels et des financiers), il serait chargé d’établir les priorités du programme PSP (ou SPP en anglais) et de piloter le processus d’intégration profonde grâce à des transformations gouvernementales dans les trois pays. Le hic est que ces hommes gouverneraient dans les faits des citoyens qui ne les connaîtraient pas, ne les éliraient pas et devant lesquels ils ne seraient pas responsables.
Ce projet, hélas très sérieux quoique délirant, envisage même à l’horizon 2025 de faire passer les économies des 3 pays sous la coupe d’une nouvelle monnaie, l’Améro, pour remplacer le dollar américain, le dollar canadien et le peso mexicain. Et c’est, bien sûr, la Réserve fédérale américaine qui contrôlerait l’émission de cette nouvelle monnaie ! Réserve fédérale par ailleurs sous l’influence des mêmes financiers et industriels qui veulent pousser à la création de cette super forteresse nord-américaine. Une telle mainmise économique les exonèrerait d’avoir à demander l’avis des gouvernements (ne parlons pas des citoyens) pour mener les politiques de leur choix, qu’il s’agisse de la guerre contre le terrorisme ou de l’exploitation systématique et suicidaire des ressources de la planète.
En sommes-nous déjà là ? Non, pas tout à fait. Le processus de ratification du partenariat entres les trois pays semble enrayé depuis la dernière réunion d’avril 2008 à la Nouvelle-Orléans, sans doute dans l’attente du résultat du scrutin présidentiel des Etats-Unis. Passé novembre 2008, le processus reprendra … ou sera enterré, au moins l’espérons-nous. Il y a là un enjeu supplémentaire, et non des moindres, des élections présidentielles américaines : s’opposer à la destruction des démocraties nord-américaines par, sous couvert de sécurité, la dictature de la finance.
[1] on pourra consulter le texte du projet et ses objectifs à l’horizon 2025 (texte en anglais, 25 pages)