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Wikipedia consacre une page à la biographie d’Irena Sendlerowa. Nous avons choisi, pour notre part, de traduire un extrait d’un texte (en anglais) dans lequel Irena Sendlerowa raconte son action.
(Dès l’automne 1940, Irena Sendlerowa, assistante sociale, a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, des vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto de Varsovie, que les occupants nazis avaient instauré dans un quartier de la capitale.)
« On nous avait donné des laisser-passer pour entrer dans le ghetto de Varsovie en tant que fonctionnaires des Oeuvres Sanitaires Urbaines. Le directeur, Juliusz Majkowski, personne de grand courage, avait inscrit mon nom et celui de mes collègues sur sa liste d’employés.
Je nouai des contacts au sein de "Centos" et d’autres organisations avec Dr. Wysznacka et Dr. Merkinówna - assistants du Professeur Witwicki.
Il s’avéra bientôt indispensable de sortir les enfants du côté dit aryen, car, dans le ghetto, c’était l’enfer.
Nous allions dans les maisons pour dire que nous pouvions secourir les enfants et les mener hors du ghetto. La question qui nous était invariablement posée était : quelle garantie pouvions nous offrir.
Nous devions admettre que nous ne pouvions offrir aucune garantie, car nous ne savions même pas si nous pourrions quitter le ghetto ce jour-là.
C’est en ces occasions que nous étions témoins de scènes terribles. Le père qui acceptait, mais pas la mère. La grand-mère qui câlinait tendrement l’enfant, pleurant amèrement et disant « je ne laisserai partir mon petit-enfant à aucun prix. »
(Le 20 octobre 1943 Irena Senlerowa est arrêtée par la Gestapo, après avoir réussi à cacher le petit rouleau de papier contenant la liste des enfants sortis du ghetto avec leurs (fausses) identités. Condamnée à mort, elle y échappera, grâce à l’intervention de la "commission d’aide aux juifs " Żegota.)
« Il est impossible de décrire ce qu’on ressent quand on marche vers la mort et que, au dernier moment, on découvre qu’on a été "rachetée". Un officier de la Gestapo m’a laissée sortir en échange d’une forte rançon. Je figurais sur leurs documents comme ayant été exécutée. Mais après deux mois les fausses écritures ont été découvertes dans les registres. L’officier corrompu a été envoyé sur le front est et la Gestapo est retournée chez moi, mais en vain, car après être sortie de la prison de Pawiak clandestinement, j’avais pris de faux papiers et ne me rendais jamais chez moi. J’avais aussi "subtilisé" ma mère mourante hors de chez nous pour la faire placer chez des personnes qu’elle ne connaissait pas, jusqu’à son décès quelques semaines plus tard. La Gestapo me cherchait avec tellement d’obstination qu’ils étaient même à l’enterrement de ma mère demandant qui était la fille de la défunte. Nos amis répondaient : "sa fille est à la prison de Pawiak". A quoi un fonctionnaire de la Gestapo répondit, furieux : "Elle y était effectivement, mais, inexplicablement, elle n’y est plus."
J’ai continué à diriger la section enfants de "Żegota", mais en utilisant des faux papiers. Pendant le soulèvement de Varsovie, j’ai enterré le "fichier" dans deux bouteilles dans le jardin de ma collègue, afin de faire en sorte qu’il soit donné à la bonne personne si je venais à mourir. Après la fin de la guerre en Pologne, j’ai remis le destin de ces enfants, c’est à dire ledit "fichier" entre les mains du Dr Adolf Berman, alors premier président du Comité Juif. Utilisant les adresses des enfants contenues dans le fichier, le Comité Juif les a ramenés et les a placés dans des orphelinats organisés en Pologne ou les a envoyés dans la Palestine d’alors. »